Le footballeur hutois Sernane Segniagbeto décède dans un accident: «Un mec en or»

Il y a quelques jours, au moment de se lancer un nouveau défi.
Il y a quelques jours, au moment de se lancer un nouveau défi. - D.R.

Les rédactions sportives de La Meuse Huy-Waremme et La Meuse Liège adressent leurs plus sincères condoléances à ses proches.

Sernane Segniagbeto n’était pas qu’un joueur de talent qui a travaillé, a parfois dû prendre son mal en patience, n’a jamais compté les sacrifices parce qu’il voulait vivre ses rêves. Le monde professionnel, il le touchait enfin du doigt quand il a été rattrapé par le destin. Sernane Segniagbeto, c’était aussi un garçon unanimement apprécié, un « mec en or » parti beaucoup trop tôt, à 22 ans ce samedi matin, dans un accident de voiture à Dubaï ayant coûté la vie à deux des trois passagers.

Dès l’annonce de cette terrible nouvelle, son profil Facebook a été inondé de messages, photos et souvenirs plus poignants et criants de vérité les uns que les autres. Le football huy-waremmien, liégeois, est en deuil, tout le monde est sous le choc et ses proches ont tenu à lui rendre un vibrant hommage.

Nombreux sont ceux qui étaient bien plus des équipiers ou des coaches mais des amis de longue date, des confidents. Forcément, au téléphone, les voix tremblent, les pleurs couvrent les mots mais les témoignages sont beaux et de là où il est, Sernane Segniagbeto les reçoit sans doute droit au cœur.

Jimmy Cwynar : « J’avais pensé à lui pour être le parrain de mon fils »

Jimmy Cwynar avait noué un contact privilégié avec lui et sa famille. « C’était ma pépite, la pépite, le petit frère de tout le monde, un garçon en or. Il restera à jamais dans nos mémoires. Je le connais depuis qu’il a 6 ans, il évoluait à Saint-Trond quand il était tout petit et moi aussi. Je m’entendais très bien avec lui et avec ses parents, pour qui j’ai une grosse pensée aujourd’hui. On a été champion ensemble au futsal à Hannut, on s’est côtoyé au futsal à Waremme. Sur prairie, on n’a jamais joué ensemble mais c’est moi qui l’avais fait venir au Stade Waremmien quand il cherchait un club. Il avait d’autres personnes pour l’aider mais j’ai toujours essayé de l’aiguiller au mieux », glisse celui qui évoluera à Hannut en P1 cette saison avec le sourire de Sernane en tête comme source de motivation. « J’avais pensé à lui pour être le parrain de mon fils, c’est dire à quel point on était proche. Je suis effondré. »

Kevin Delathuy : « Je ne réalise pas encore qu’il s’en est allé »

Technique, explosif, intenable en un contre un, le Hutois est parvenu à concrétiser une partie de ses rêves -il en avait encore tellement d’autres à vivre. Il a brillé sur prairie mais également en salle. Et s’il est devenu international belge à l’ABFS à 19 ans à peine, c’est grâce à ses performances remarquables avec l’IP Hannut, avec ce titre obtenu en 2017, en N2B à la Ligue. Cette aventure, Kevin Delathuy l’a vécue de l’intérieur aussi. Ancien joueur et président, il a directement decelé le potentiel du Hutois et, lui aussi, était tombé en admiration. « Je n’ai pas les mots... En fait, je ne réalise pas encore qu’il s’en est allé », confie celui qui est désormais coresponsable du projet futsal du Standard de Liège. « Tous les quatre mois, je le relançais en lui disant de nous rejoindre chez les Rouches. Mais il était désireux de réussir dans le monde du football et je le soutenais dans cette voie. Dire qu’il était en passe de réaliser son vœu le plus cher et de devenir professionnel... C’était un phénomène -il ne fallait lui montrer qu’une seule fois une phase de jeu pour qu’il l’assimile- et un mec en or, avec des vraies valeurs et une superbe famille autour de lui. Là, je pense à tous ses proches, à ses potes... Franchement, que dire ? »

Kevin Delathuy et Jimmy Cwynar étaient très proches de lui.
Kevin Delathuy et Jimmy Cwynar étaient très proches de lui. - D.R.

Champion en futsal en 2017 avec l’IP Hannut.
Champion en futsal en 2017 avec l’IP Hannut. - D.R.

Avec Ergo Waremme en futsal.
Avec Ergo Waremme en futsal. - D.R.

Hassan Ouchan : « Il a osé croire en ses rêves »

Hassan Ouchan aussi était très mal ce samedi matin. « Pour la première fois, je n’arrive pas vraiment à trouver les mots », confie celui qui, habituellement, s’exprime avec une telle aisance. « Sernane, je le connais depuis qu’il a 11 ans. Il habitait à Huy et moi je travaillais pour la commune d’Andenne. J’organisais un atelier minifoot à la salle à Andenne, Sernane prenait le train avec Sousou Jamart et venait jouer dans un groupe où on retrouvait aussi Dylan Gilson, Maxence Hubeaux et tant d’autres. De jeune qui venait à mon atelier, c’est devenu un ami. J’étais tellement content quand il a signé dans son nouveau club et quelques jours après, je suis tellement triste, sous le choc. Je retiendrai de lui que c’était quelqu’un de joyeux, d’extraordinaire aussi bien sur le plan humain que footballistique. Des souvenirs resteront gravés dans ma mémoire jusqu’à la fin de ma vie. Aujourd’hui est un jour sombre mais il faut retenir qu’il a osé croire en ses rêves et est allé au bout du monde pour les réaliser. »

Manu Christiaens : « Le genre de jeune joueur que tout formateur aimerait avoir »

Si Sernane Segniagbeto tutoyait les sommets, frappait aux portes du monde professionnel, était enfin récompensé de ses efforts, c’est parce que, justement, il ne les a jamais comptés. C’est aussi parce qu’il a eu la chance de grandir dans une famille qui a tenu à lui inculquer des valeurs tellements importantes et trop rares dans le milieu.

Manu Christiaens, son coach et formateur à Huy puis à Waremme, où ils ont fêté un titre de champion chez les Espoirs en 2017, tenait à mettre en avant ces deux aspects de sa personnalité, ceux qui le rendaient tellement apprécié. « Sernane, c’était un petit attaquant de poche, une petite anguille qui se faufilait partout et le faisait bien car il était très doué techniquement et très rapide. Je l’ai coaché durant deux ans et demi, à Huy puis à Waremme où il m’a suivi. Il était un des plus jeunes, si pas le plus jeune du groupe, mais dès la première année, dans une série U21 à 16 équipes, très relevée, avec des noyaux renforcés par les équipes premières, il s’est intégré à l’aise et a grandement contribué à notre titre. Sernane, c’était aussi un garçon charmant, le genre de jeune joueur que tout formateur aimerait avoir. Il était un exemple pour certains dans le vestiaire par sa politesse, sa sympathie, sa bonne humeur. Il était tout le temps à l’écoute, mangeait mes paroles quand je lui expliquais quelque chose et apprenait vite car il était hyper-discipliné. Il avait reçu une très bonne éducation et je souhaite beaucoup de courage à ses proches. Je suis très triste aussi. »

Champion en 2017 avec les Espoirs de Waremme.
Champion en 2017 avec les Espoirs de Waremme. - S.G.

Bernard Smeets : « Un réel bonheur de l’avoir dans le vestiaire »

Il n’y a pas que sur ses terres, dans notre arrondissement, que le Hutois a laissé une belle image de lui. De 2019 à 2021, avant de s’envoler pour l’Arabie saoudite, il a évolué à Visé, tout juste promu en N1. « Son excellente technique pouvait parfois le desservir, parce qu’elle s’accompagnait d’une certaine désinvolture. C’était ce qu’on nomme un joueur d’instinct », se souvient Bernard Smeets, actuel entraîneur des Oies qui l’a côtoyé en 2019-2020 comme T2 de José Riga. « Malgré ce statut de réserviste, il était fort respectueux. C’était un réel bonheur de l’avoir dans le vestiaire car il était jovial et toujours de bonne humeur. Quelle tristesse... »

Bon voyage, Sernane ! Tu peux être fier de ton passage parmi nous !

Bernard Smeets (URSL Visé): «Il poursuivait son rêve»

C’est à l’URSL Visé, alors promue en Nationale 1 que Sernane Segniagbeto avait déposé ses valises sportives à l’aube de la saison 2019-2020. Pour ce qui sera sa toute dernière expérience en Belgique…

S’il n’avait pas bénéficié d’un temps de jeu conséquent chez les Oies, le vestiaire bassi-mosan se souvient d’un jeune homme jovial, toujours de bonne humeur.

« Sernane était une personne vraiment attachante », glisse Bernard Smeets, l’actuel T1 visétois, qui était T2 de José Riga à l’époque. « Un footballeur doté d’une belle technique qui, parfois, le desservait. Parce qu’elle s’accompagnait d’une certaine désinvolture. C’était ce qu’on appelle un joueur d’instinct. »

Malgré son statut de réserviste, le Hutois n’a jamais baissé les bras et a toujours fait montre d’un comportement exemplaire : « Il était très respectueux et certainement pas du genre à vouloir mettre le feu en coulisses. Vraiment un chouette gars dont nous louions tous la gentillesse et le sens de la convivialité. Il poursuivait son rêve de devenir professionnel et venait justement de signer un nouveau contrat. Que c’est triste… »

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